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La sociodiversité boréale

Introduction à la sociodiversité boréale


Les peuples de la Sibérie, du Nord et de l’Extrême-Orient russes peuvent être présentés collectivement comme des groupes humains autochtones, c’est-à-dire enracinés dans ces régions avant l’arrivée des Russes, vivant traditionnellement en harmonie avec la nature - de la chasse, de la pêche, de la cueillette et de l’élevage de rennes, et maintenant des cultures et des traditions fondées sur une appréhension holiste et chamaniste du monde.

Ces peuples forment un ensemble cohérent qui fait partie intégrante, avec les Saames et les Inuit, de la "Civilisation circumpolaire" ou de ce que l’on peut nommer encore la "Sociodiversité boréale".


A partir des XVI-XVIIè siècles, l’incursion des Russes en Sibérie a fait basculer cette sociodiversité dans une nouvelle ère – celle de la colonisation par une Russie qui a dès lors imposé ses règles, ses valeurs, ses normes aux premiers habitants des lieux, devenus par là même des indigènes (tuzemtsy) ou des autochtones (korennye zhiteli).

La conquête et la colonisation de la Sibérie ont nécessité, dès le début, la définition et par la suite, la constante réévaluation d’une sorte de grille de lecture ethnique de cet ensemble jusque là inconnu des Russes et des Européens. L’imposition au jasak, tribut en fourrure, et la conversion à l’orthodoxie, ont fait naître la pratique du recensement des individus, avec des critères d’identification variables au fil du temps et au gré des idéologies en place.

C’est le début de l’ethnicisation administrative de la sociodiversité boréale. Des groupes ethniques sont définis, à partir d’une compréhension généralement minime et souvent erronée des réalités socio-culturelles et des normes locales d’autodéfinition, ce qui explique les remises en cause fréquentes, par la suite, des frontières et des ethnonymes de ces groupes. Ainsi, les groupes appréhendés et étudiés jusqu’au XIXè siècle comme des Samoyèdes, des Toungouses, des Goldes, des Lamoutes, etc., sont devenus au fil de la période soviétique des Nénètses, des Evenks, des Nanaïs, des Evènes, etc.


Dans les années 20 du XXè siècle, sous l’égide d’un Comité du Nord créé spécialement pour protéger et développer les peuples autochtones de la Sibérie, 26 groupes ethniques sont distingués comme connaissant une situation particulièrement critique, proche de l’extinction, et comme nécessitant des mesures spéciales de protection. Cette réduction de la sociodiversité boréale à 26 « petits peuples du Nord » va rester en place pendant toute la période soviétique.

Au recensement de 1989, on comptait 181 555 représentants de cette sociodiversité boréale tous groupes confondus. Les plus nombreux étaient les Nénètses (34 665 individus) et les Evenks (30 163 individus), les plus minoritaires étaient les Oroks (190 individus) et les Enètses (209 individus).


En 2002, soit plus de 10 ans après la chute du régime soviétique, ce n’est plus 26 « petits peuples du Nord » mais une quarantaine de « peuples minoritaires autochtones de la Sibérie, du Nord et de l’Extrême-Orient russes » que la Russie reconnaît officiellement. D’après les résultats du nouveau recensement, la sociodiversité boréale en Russie compte près de 244 000 individus (243 982 – chiffre exact). Cette augmentation par rapport à 1989 est non seulement liée à l’élargissement de la liste officielle des peuples du Nord, mais aussi à un phénomène de réappropriation et de réaffirmation de l’identité ethnique encouragé par le contexte politique et idéologique de la transition post-soviétique (à propos des mouvements de renaissance autochtone, voir cette page).



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Citation : La sociodiversité boréale, yakoutie.free.fr/sociodiv.php - © 2007 - 2017
Dernière modification le 17-06-2011 08:50:47