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Les Youkaguirs


Efforts de conservation et de renaissance d'un peuple youkaguir


Réduits à quelques centaines d’individus, les Youkaguirs sont confrontés au risque très réel de voir s’éteindre leur culture – une des plus anciennes de la Sibérie – d’ici une à deux générations. Aussi, dès la chute du régime soviétique et l’avènement d’une nouvelle idéologie « renaissantiste » dans l’ensemble de l’ex-URSS, les intellectuels issus de ce peuple, à commencer par les frères Kurilov, se sont employés à élaborer et à mettre en œuvre une stratégie visant à conserver un peuple youkaguir.

A l’origine du mouvement de conservation et de renaissance des Youkaguirs, il y a eu un événement ponctuel, assez éloigné dans le temps, mais bel et bien décisif : la réhabilitation, en 1956, de N.I. Spiridonov, plus connu sous le surnom youkaguir de Tèki Odulok (« petit Odul »), premier savant et écrivain youkaguir, exécuté en 1938 à l’âge de 32 ans pour « espionnage à la solde du Japon », en réalité pour avoir osé invoquer dans un discours la responsabilité du régime tsariste dans la disparition des Youkaguirs.

A l’époque, l’exécution de Tèki Odulok avait tué dans l’œuf toute possibilité de développement pour son peuple dont l’extinction prochaine était prédite depuis déjà près d’un siècle. Sa réhabilitation a ravivé la flamme de l’espoir chez certains Youkaguirs, comme les frères Kurilov, appelés à jouer un rôle particulier dans les affaires de leur peuple.

Moment clef du mouvement de renaissance youkaguire, le premier congrès de ce peuple a eu lieu en 1992 à Nelemnoe, foyer historique des Youkaguirs de la taïga (ulus de Verkhnekolymsk).

Ouvert par l’inauguration d’un monument à la mémoire de l'écrivain réprimé Tèki Odulok et clos par la construction d’une tente conique traditionnelle (tchum ou urasa) dans le cadre du futur musée de Nelemnoe, ce congrès a donné lieu, en outre, à l’introduction d’une fête néo-traditionnelle nommée « Shakhadzhibè » - tentative de revitalisation d'une tradition ancienne, que décrivit Wadelmar Jochelson, de rassemblement printannier - à l'embouchure de la rivière Yassatchnaya - des clans youkaguirs pour des jeux, des danses, des chants, des contacts et échanges en tous genres.


La réintroduction/réinvention de cette fête fut rendue solennelle par la construction, un peu à l’écart du village, d’un grand arc restituant un culte du soleil très ancien chez les Youkaguirs : ceux-ci le célébraient vraisemblablement au moment du solstice d'été par un passage ritualisé, rythmé par des chants pour implorer protection et prospérité, sous des dispositifs de ce type, que l'on érigeait chaque année dès la fonte des neiges et qui se voulaient - d'après l'écrivain N. Kurilov - une représentation du soleil évoquant un sexe féminin, avec des rayons dardant dans toutes les directions. Des peintures rupestres datées du II-I millénaires avant notre ère représentant ce type de motif, retrouvées sur les bords de la Léna, de l'Aldan et de l'Olëkma, sont attribuées aux Protoyoukaguirs.

Par ailleurs, ce congrès a clairement défini les trois grands axes de travail pour maintenir un peuple youkaguir :
  • la construction de l’autonomie ethnoterritoriale sous la forme des « communautés claniques »
  • la conservation de la langue et de la culture youkaguires
  • l’amélioration de la situation démographique globale des Youkaguirs.


  • Pour en savoir plus : Marine Le Berre-Semenov, « Le mouvement de conservation d’une ethnie en voie d’extinction – les Youkaguirs », Cahiers du Monde russe et soviétique, 41/2-3, Avril-Septembre 2000, pp. 401-430.



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