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Chronique d'un automne évène


Chez les Evènes de la région du Tompo


Les Evènes sont un peuple autochtone du Nord-Est sibérien, présent principalement en Yakoutie, dans les monts de Verkhoïansk, et au Kamtchatka. Parlant une langue du groupe toungouso-mandchou, ce peuple regroupe aujourd’hui dans les 17 000 individus. Traditionnellement éleveurs de rennes, les Evènes ont été soumis, comme les autres peuples autochtones de la Sibérie, à des transformations importantes de leur mode de vie et d’organisation sociale par les colonisations russe puis soviétique. Aujourd’hui, seule une minorité d’Evènes se maintient dans les branches traditionnelles – l’élevage du renne, la chasse et la pêche.


Voici une petite chronique de la vie d’une famille d’éleveurs de rennes évènes – les Nikolaev, qui habitent la région du Tompo, à environ 750 km de la capitale Yakoutsk.


Ania et Matveï forment le noyau d’une petite communauté familiale qui nomadise toute l’année avec un troupeau d’environ 400 rennes appartenant à la coopérative de Topolinoe, le centre administratif des Evènes de la région.



Leurs trois enfants, Vika, Aïda et Maksim, les accompagnent périodiquement, pendant la belle saison de préférence, tout comme leur grand-tante et sa petite fille, toutes deux prénommées Daria.


Durant l’hiver, long et rigoureux (les températures atteignant parfois –60°C), les filles restent généralement au village, pour étudier ou travailler, ou simplement garder les petits : Vika, à 20 ans, est déjà mère d’un petit garçon de 2 ans.


Les Evènes qui nomadisent vivent sous la tente, hiver comme été. Le campement est installé sur les contreforts des vallées où leurs rennes paissent, à la lisière du bois qui leur est indispensable pour se chauffer et faire cuire leur nourriture. La viande de renne est la base de leur alimentation, ainsi que le gibier (le mouflon, le renne sauvage, l’élan, parfois des marmottes) et le poisson.


Le travail se divise de la manière suivante : la surveillance et le rassemblement des rennes qui errent librement à la recherche de leur nourriture revient aux hommes, tandis que les travaux domestiques – cuisine, tannage, travail des peaux, couture, etc., sont assurés par les femmes. Les soins vétérinaires sont pratiqués collectivement.



L'automne est la période la plus chargée pour les éleveurs, car c’est la période du rut, et il faut faire venir des bergers en renfort pour procéder à la castration et au pilage des bois des mâles les plus fougueux.



Fonctionnaires d’une structure municipale, les éleveurs sont très mal rémunérés. Bien souvent, ils ne touchent leur paye que sous forme de produits alimentaires (huile, riz, farine, sucre...) et autres denrées indispensable à leur vie nomade (bougies, cartouches, allumettes, etc.). Ces conditions proches de l’esclavage découragent la jeunesse d’aller dans l'élevage du renne. Ce mode de vie, très dur physiquement, est coupé des conforts de la « civilisation » dont les jeunes élevés dans une vie sédentaire sont devenus dépendants.



Seuls les jeunes, habitués dès leur plus jeune âge à cette vie dans la nature au contact des rennes, sont encore susceptibles d’épouser ce mode de vie une fois leur scolarité terminée. Mais là encore, la décision n’est pas toujours très facile à prendre. Par exemple, Aïda me confiait vouloir rester au troupeau, plutôt que travailler à la maternelle de Topolinoe durant la période froide, mais sa mère Ania s’y oppose car la famille a cruellement besoin de l’argent gagné par sa fille au village...



FIN


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Citation : Chronique d'un automne évène, yakoutie.free.fr/chroniqueevene.php - © 2007 - 2017
Dernière modification le 24-04-2012 13:10:33