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PEUPLEMENT en YAKOUTIE...

Les Yakoutes-Sakhas

Dotés de caractéristiques hétéroclites, parlant une langue d’origine türk, et surtout, spécialisés dans l'élevage des chevaux et des vaches, les Sakhas (comme se nomment les Yakoutes dans leur propre langue...) ont dès le début de la conquête intrigué les Européens – cosaques, voïévodes, administrateurs, voyageurs, etc., qui ont très vite associé ces cavaliers au monde des steppes et à la Horde d’Or. Ce faisant, les colonisateurs russes ont fixé l’orientation qui domine, encore aujourd’hui, la yakoutologie : la recherche d'ancêtres hors du territoire actuel, dans la zone des steppes, aux alentours du Lac Baïkal.


D’après G. Ergis, les Sakhas forment un pont entre deux civilisations : celle de l'Arctique et celle des Steppes. Si leurs ancêtres n’avaient pas su organiser l’élevage bovin et équestre dans une région aussi froide et aride que la Yakoutie centrale, il est probable que les Sakhas seraient restés (ou devenus) indistincts des peuples minoritaires du Nord, contribuant ainsi peut-être à former une majorité toungouse en place d’une majorité yakoute...


Les Yakoutes ont un rapport à la nature assez proche de celui des peuples minoritaires du Nord, mais le développement de l’élevage bovin et équestre dans les conditions extrêmes de la zone subarctique constitue indéniablement un moment décisif dans la formation de la culture traditionnelle sakha.

Initialement, l’élevage bovin était bien moins développé en Yakoutie que l’élevage équestre. Les sources du XVIIe siècle présentent les Yakoutes de l’époque comme de gros propriétaires de chevaux (certains possèdent jusqu’à plusieurs milliers de bêtes), n'élevant du bétail que de manière secondaire. En 1736, Gmelin fait état d’une forte diminution du cheptel de chevaux chez les Yakoutes, phénomène qu'il relie à des causes climatiques. Vers la fin du XIXe siècle, W. Siéroszewski rapporte encore de nombreux témoignages sur l’importance passée des chevaux dans la vie et la culture des Yakoutes, tandis que les données officielles de l’époque attestent déjà de la nette supériorité acquise par l’élevage bovin sur l’élevage équestre : en 1891, il y a en Yakoutie 131 978 chevaux et 243 153 bovins, soit approximativement un cheval et deux vaches pour un couple de Yakoutes. Après une étude minutieuse des conceptions et traditions liées aux chevaux chez les anciens Yakoutes, W. Siéroszewski conclut en attribuant à cet animal une place tout aussi centrale et exclusive dans le mode de vie passé des Yakoutes que le renne pour les Toungouses ou les Tchoutkches.


L’inversement de cette tendance en faveur de l’élevage bovin entre le XVIIe et le XIXe siècle a suscité beaucoup d’interrogations et trouvé différentes explications chez les spécialistes. D’après Gmelin, le développement de l’élevage bovin serait la conséquence directe des Grandes expéditions de Vitus Béring au Kamtchatka au cours du XVIIIe siècle, pour lesquelles des milliers de chevaux yakoutes furent réquisitionnés et exploités jusqu'à épuisement total. Pour l'historien yakoute Somoghotto, l'accroissement de l’élevage bovin découle de la colonisation et, plus précisément, des avantages "fiscaux" réservés à ce type d'activité. W. Siéroszewski, enfin, pense que le développement prédominant de l’élevage bovin est étroitement lié au processus de sédentarisation des Yakoutes : nécessitant des pâturages beaucoup plus vastes et diversifiés que les bovins, les chevaux imposent en effet de nomadiser plus fréquemment et sur de plus longues distances que le bétail à cornes.


Les Yakoutes ont donc fait le choix, progressivement, d’abandonner l’existence nomade avec des chevaux autonomes et parfaitement adaptés aux conditions climatiques du Nord, pour une existence semi-sédentaire avec des bovins nécessitant, eux, beaucoup plus de soins. Il peut s'agir d'un choix d’adaptation lié à la rudesse de la vie nomade pour les hommes dans les conditions climatiques et naturelles du nord sibérien. Ce choix peut aussi résulter, comme le pense W. Siéroszewski, d'une restriction des espaces de pâturage et de transhumance, concevable dans des régions couvertes de forêts et/ou de marécages. Dans les deux cas cependant, la modification des pratiques des Yakoutes semble conforter l’idée que leurs ancêtres soient venus d’horizons plus dégagés et plus cléments : la steppe.


En fin de compte, l'élément décisif du changement semble être la mise en place des fenaisons, qui ont permis aux hommes de se fixer avec leurs bovins et de les nourrir au fourrage en hiver. L’époque à laquelle intervient ce changement est postérieure à l’arrivée des Russes : en effet, aucune mention n’est faite au sujet de réserves de foin, ni dans les rapports des Cosaques, ni dans les travaux de Gmelin, présent dans la région du Viliouï dans la première moitié du XVIIIe siècle. Néanmoins, il est difficile de savoir si l’adoption croissante de la pratique des fenaisons à partir de la colonisation relève d’un emprunt aux Russes ou d’une pure coïncidence : d’après W. Siéroszewski, la mémoire populaire des Yakoutes n’a pas gardé le souvenir d’un emprunt, mais elle se rappelle en revanche d’un outil peu adéquat utilisé dans le passé pour la fenaison, le bata, une faux en os ou en bois (le fer était réservé aux instruments de chasse). S'il y a eu emprunt, celui-ci semble donc plus tenir d’un perfectionnement de techniques préexistantes que d’une innovation .


En outre, les Yakoutes ont su mettre à profit des espaces naturels de pâturage et de fenaison disponibles dans la taïga de Yakoutie centrale - les alas. Sous l’influence répétée des Sakhas, ce type de paysage naturel est devenu peu à peu un paysage culturel...

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Citation : Yakoutie, joyau sibéro-boréal, yakoutie.free.fr/Sakhas.php - © 2007 - 2018
Dernière modification le 15-05-2018 09:32:38