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Mode de vie des autochtones de l'Anabar


Coulant entre Khatanga et Olenëk, le fleuve Anabar se jette dans la mer de Laptev au nord-ouest de la Yakoutie. Ses principaux affluents sont, du nord au sud, les rivières Suolama, Srednjaja et Udja, dont le cours borde le passage de la toundra boisée à la toundra.

Située entre les 71ème et 76ème degrés de latitude nord, le district de l'Anabar est, d’un point de vue géographique et géopolitique, la région la plus isolée de la République Sakha (Yakoutie).



La population de l'Anabar tourne autour des 4000 habitants, répartis principalement entre le chef-lieu Saskylakh, Jurjung-Khaja, situé plus au Nord sur le fleuve Anabar à une cinquantaine de kilomètres de la côte arctique, et Ebeljakh, petite bourgade construite en 1987 suite à la découverte d'une mine de diamants.

La population autochtone de la région de l’Anabar se partage entre les Dolganes, installés sur la rive gauche de l’Anabar, et les Evenks, présents surtout sur la rive droite entre les rivières Udja et Üèlè. Les Yakoutes, et plus particulièrement le sous-groupe dit des « Yakoutes du Nord » viennent compléter cette population.

Le mode de vie des Evenks, Dolganes et Yakoutes du Nord est traditionnellement fondé sur la renniculture nomade, la chasse et la pêche. Si, comme ailleurs, les transformations de la période soviétique ont contraint la majorité des autochtones à se sédentariser à Saskylakh et à Jurjung-Khaja, cette sédentarisation demeure partielle et les activités traditionnelles continuent d'être au coeur de leur vie.

La toundra reste encore la terre nourricière de la majorité des autochtones de l'Anabar. Si seule une minorité nomadise encore l'année entière, les autres, que différents facteurs assignent à une vie sédentaire, y retournent pour la plupart chaque année, du printemps à l’automne, poussés par une nostalgie parfois lancinante.


Les règles de la vie dans la toundra sont immuables, impliquant la conservation par l’homme des traditions d’exploitation des ressources de cette nature hostile, traditions sans lesquelles sa survie n’est pas envisageable dans les conditions du pergélisol, de la nuit polaire, des blizzards et d'un froid potentiellement mortel.

Le renne est le fondement du mode de vie des autochtones de l'Anabar. S'il leur impose de nomadiser, à la recherche de nouveaux pâturages, il leur permet aussi de se déplacer.

La fourrure du renne est utilisée pour confectionner des costumes et bottes (notamment les incontournables jambières dites « torbaza ») permettant de supporter de manière prolongée des températures extrêmes, mais aussi pour isoler l'habitat des nomades, confectionner des tapis de sol, etc.

Enfin, et bien sûr, le renne fournit une part importante de l'alimentation. Dans le renne, comme dans le cochon, tout est utilisé - viande, cervelle, langue, moelle osseuse, viscères, sang (dont on fait un très bon boudin), etc.


Pour se loger, les populations nomades de l’Anabar ont, depuis les années 70 du XXème siècle, remplacé la tente conique (dite ici « tordokh ») par un type d'habitat original emprunté aux Dolganes du Taïmyr voisin, le « balok », constitué d’une carcasse rectangulaire en bois montée sur des patins ou skis, également en bois, et tirée par des rennes lors des transhumances.

En hiver, la carcasse de ces caravanes est recouverte de peaux de renne cousues, face poilue orientée vers l’extérieur, et protégée parfois encore par de la toile.
A l'arrivée sur un nouveau campement, la base du bolok est arrimée avec de la neige que l'on entasse sur tout le pourtour en grande quantité, ce qui non seulement fixe l'habitat au sol, mais aussi l'isole des vents.


Pour l’été, les nomades de l'Anabar construisent des caravanes plus légères, dépourvues de plancher, et recouvertes de toile imperméable...



L’élevage du renne, dont dépendent jusqu’à présent les autochtones de l’Anabar, impose donc de nomadiser pour trouver de nouveaux pâturages et permettre à la maigre couverture végétale des sols arctiques de se renouveler.

En hiver, les troupeaux restent dans la zone de toundra boisée où les éleveurs trouvent des réserves de bois suffisantes pour faire face aux rigueurs de l’hiver.

De décembre à mars, ils ne transhument pas plus d’une fois par mois, parfois une fois tous les deux mois.

Dès le mois de mars, les nomades repassent dans la zone de toundra et progressent en direction des côtes à raison d’une transhumance toutes les deux ou trois semaines.

Dès la seconde moitié du mois d’avril, une fois les réserves de bois faites pour l’été et acheminées sur les futures aires de campement, la fréquence des transhumances augmente, devenant hebdomadaire, puis bi-hebdomadaire en juin, et enfin tri-hebdomadaire, voire quotidienne en juillet-août.


Durant les 10 mois que dure l'hiver arctique, le bois et la glace sont, hormis le renne, les premières ressources permettant la survie des nomades.

Le bois est utilisé comme combustible pour chauffer les petites caravanes et faire fondre la glace pour avoir de l’eau, il est aussi un matériau de construction incontournable pour fabriquer les traîneaux (sans aucun clou), les carcasses et planchers de caravanes, les skis et différents outils de travail.




Pour en savoir plus :

livre

"Déchéance des autochtones de l'Anabar et efforts de sauvegarde de la vie nomade"

(in : Marine Le Berre-Semenov, Renaissantisme et renaissance des peuples du nord : évolution de la question autochtone en république Sakha (Yakoutie) dans le contexte des mutations post-soviétiques ; Louvain ; Paris ; Dudley, MA : Peeters, 2008. - 386 p.



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Citation : Joyau sibéro-boréal, yakoutie.free.fr/Anabar.php - © 2007 - 2024
Dernière modification le 07-02-2018 14:03:27